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UN OBJET SCENIQUE ETRANGE, DROLE ET FASCINANT. Erase-e (x). Effacer, pour recréer. En 1953, Rauschenberg gommait un dessin de son ami De Kooning, insufflant par ce geste le mouvement au cœur de l’œuvre qui, comme la vie, se métamorphose. S’inspirant d’Erased De Kooning drawing, Johanne Saunier a imaginé avec Jim Clayburgh un processus où chaque artiste efface et recrée la pièce du précédent. Elle se fond d’abord dans les inflexions et déhanchés précis, un brin mutins, d’Anne Teresa De Keersmaeker qui a composé la phrase originelle. Le Wooster Group remanie ce prologue : la danseuse se laisse contaminer par l’émotion, badine, insolente et mystérieuse… femme caprice sur la voix boudeuse de Brigitte Bardot extraite du Mépris de Godard. Puis Anne Teresa De Keersmaeker reprend la partition, qu’elle évide de son intention narrative, affolant le mouvement jusqu’à la virtuosité sur des percussions indiennes. Isabelle Soupart transforme alors ce solo en duo et y infuse l’atmosphère inquiète d’un thriller. |
Le vidéaste Kurt d’Haeseleer plonge, lui, parmi les ombres du subconscient et ressuscite BB pour un épisode au glamour trouble*. Mais bientôt le compositeur Georges Aperghis chavire l’histoire en cours dans le tourbillon coloré d’un chœur à trois voix. Johanne Saunier enfin s’empare de cette œuvre toujours en devenir où bourdonnent tant d’éclats de mémoire. Infiltrant l’humour dans le nerf de la danse, Erase-e (x) ouvre des questionnements essentiels sur le regard, sur les notions de matériau, d’écriture, d’interprétation. Il révèle aussi une personnalité exceptionnelle dans ce jeu de la fiction de soi : Johanne Saunier. Gwénola David * ERASE-E (X), parties 1, 2, 3 et 4 a été présenté au Théâtre des Abbesses en novembre 2006. |
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