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Casimir et Caroline |
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ÖdÖn von HorvÁth avec Sylvie Testud, Hugues Quester, Ana Das Chagas, Charles Roger Bour, Sarah Karbasnikoff, Walter N'guyen… et 3 musiciens (distribution en cours) |
mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota |
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L’histoire se passe pendant une fête foraine, avec foule et manèges, baraques et monstres, jeux d‘adresse et de violence. Casimir et Caroline sortent à peine de l’adolescence, ils s’aiment. Mais voilà, Casimir vient de perdre son emploi, Caroline rêve d’évasion, d’argent, en tout cas d’une vie meilleure, peu probable tout au moins avec lui. Devant eux s’ouvre un avenir désertique. La pièce, dans la version choisie par Emmanuel Demarcy-Mota, date de 1932, elle pourrait se passer aujourd’hui. Il y pense depuis qu’il a monté les Six Personnages en quête d’auteur de Pirandello (2001 et 2003 au Théâtre de la Ville), qui traite de la représentation de soi. Toujours au Théâtre de la Ville, il a finalement choisi Rhinocéros de Ionesco (2004 et 2006), qui parle d’une société anéantie par les lois du travail, puis en 2007 Homme pour homme de Brecht, qui pose la question de l’identité, mais ignore totalement l’amour, sinon comme simple système d’échange entre les individus. « Et moi, je suis très attaché à la force des relations entre les êtres. On pourrait dire que l’histoire de Casimir et Caroline est ordinaire, mais il s’agit certainement d’un grand amour empêché, comme celui de Dante et Béatrice, Rodrigue et Chimène, Roméo et Juliette… Ce n’est pas un hasard si Horváth a rassemblé leurs deux noms pour le titre. « Ils s’aiment, et c’est ce qui m’intéresse, mais ne parviennent pas à s’entendre. Lui, vient d’apprendre qu’il est chômeur, se dresse contre tout y compris contre elle, qui regarde le ciel pour y découvrir sinon une solution, du moins une perspective quelconque, et voudrait seulement s’amuser. Ils sont en plein |
Une démocratie illusoire. Tout est artifice, tout est jeu, et va s’évanouir dès que baraques et manèges vont partir, dès que le noir va se faire et le rideau tomber. Nous sommes au théâtre, les machines de la foire deviennent machinerie théâtrale. La pièce s’est ouverte sur un lieu de fête, qui ramène à la formidable intensité de l’enfance, à ces moments où l’on donne toute sa force et son attention à un acte qui ne mène nulle part. Un jeu : « La fête foraine est un espace d’illusions et non pas d’utopie. Les visiteurs ne rêvent pas d’un monde à construire. Ils se cherchent, mais personne ne parvient à tracer un quelconque chemin. Ils forment une constellation d’atomes qui sans cesse se cognent, s’éparpillent, et puis s’entremêlent… Et les monstres ! Une grande tradition médiévale qui survit, fort bien présentée par le Bonimenteur : “Vous voyez ici ce que la nature s’amuse à inventer comme jeux”. « Nous avons là un zoo humain, un ensemble d’êtres bigarrés en quête d’un plaisir immédiat, éphémère, où chacun, saisi à un moment précis dans une sorte de microsituation bien nette, est clairement défini. Nous les voyons, les uns et les autres, chercher le bonheur ou bien l’oubli dans ces instruments magiques, les manèges. On monte, on descend, on s’élève, on retombe, on manipule, on mène, on malmène, on frappe, on se frotte, on hurle de peur et de plaisir… Ils offrent l’ersatz des plaisirs refusés ailleurs. À leur tourbillon, se superposent les manèges amoureux : les garçons draguent les filles, qui aguichent les garçons, cherchent un soutien masculin, protecteur. Et financier. La fête autorise toutes les transgressions. |
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décalage, en plein malentendu. En perpétuelle balance entre espoir et désespoir, leur parcours est celui d’un arrachement. À la fin, ils sont séparés. Ils ne partent pas ensemble, mais leur amour est certainement une cicatrice éternelle. « Horváth qualifie sa pièce de “théâtre populaire”. On pourrait dire “pièce du peuple”, puisque, dans les fêtes foraines, tous se côtoient, “l’homme de peine, coude à coude avec l’homme d’affaires, le commerçant avec l’industriel, le ministre avec l’ouvrier… Voilà comme je l’aime, la démocratie”, dit un personnage ». |
« Horváth a vécu une époque artistiquement très riche, inventive comme l’ont été les années 60, tant sur le plan de l’écriture que sur le plan scénique. Le théâtre s’est ouvert sur toutes sortes d’expériences, de disciplines parallèles, et s’est enrichi du croisement des arts. Il y a ici le monde sonore et musical de la foire, les orchestres, les fanfares, les chants, le grincement des manèges, les cris quand les nacelles du Grand Huit s’élèvent puis retombent et que les hommes croient s’envoler. « Le grand défi du théâtre d’Horváth, c’est de parvenir à faire entendre les moindres mots. Et en accord avec ce que dit Peter Handke : “Ces répliques égarées qui montrent les sauts et les contradictions de la conscience, comme on n’en trouve d’ailleurs que chez Tchekhov et Shakespeare” ». Colette Godard |
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ÖDÖN VON HORVÁTH Né en 1901 à Fiume, ville alors hongroise, il suit ses études à Budapest et Vienne avant de choisir l’Allemagne comme pays d’adoption. Ses écrits et ses pièces, comme Légendes de la forêt viennoise ou Casimir et Caroline, l’engagent contre le fascisme. Il reçoit en 1931 le Prix Kleist, mais en 1933 est obligé de s’exiler. En Autriche, où il écrit notamment Figaro divorce (1937) et puis de nouveau forcé à l’exil en France, où il meurt en 1938, foudroyé par un orage sur les Champs-Élysées. |
EMMANUEL DEMARCY-MOTA Directeur du CDN de Reims depuis 2002, il a fondé sa compagnie Théâtre des Millefontaines au Lycée Rodin en 1989. En résidence au CDN d’Aubervilliers, puis au Forum culturel de Blanc-Mesnil, il entame une collaboration avec François Regnault, monte L’Histoire du soldat, Léonce et Léna, Peine d’amour perdue (repris en 1999 au Théâtre de la Ville, prix du Syndicat de la critique). Suivent Six Personnages en quête d’auteur (2001), Rhinocéros (2004) et Homme pour homme (2007) tous crées au Théâtre de la Ville. Dans le même temps, il monte plusieurs pièces de Fabrice Melquiot, qu’il associe au CDN de Reims (notamment Ma vie de chandelle en 2003 et Marcia Hesse en 2006). En 2007, il démarre un partenariat artistique avec Lisbonne et Naples, incluant des acteurs de différentes nationalités. En 2008, il succédera à Gérard Violette au Théâtre de la Ville. |
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