|
![]() |
||
La Ville |
|
|
Martin Crimp avec Hélène Alexandridis, Marianne Denicourt, André Marcon, Janaïna Suaudeau (distribution en cours) |
traduction Philippe Djian (L'Arche Éditeur) |
|
|
L’histoire se passe dans une maison avec jardin, en pleine ville. On pourrait la voir comme variation d’une pièce précédente, La Campagne, dans laquelle un couple de bourgeois aisés prend un temps de repos, histoire de faire le point. Dans son ensemble, le théâtre de Martin Crimp rappelle ces feuilletons où d’un épisode à l’autre, se retrouvent les mêmes types de personnages. Ici, le couple vit dans un endroit improbable, cocon bien protégé, cependant ouvert sur le monde. Manifestement la femme rêve d’écrire, elle est traductrice, peut-être la maîtresse de l’auteur dont elle traduit les livres. Il y a aussi une fillette. L’enfant du couple ? Ou alors, l’image d’un troisième personnage : l’infirmière, lorsqu’elle était enfant. Car, ici comme toujours chez Crimp, les temps se croisent au long d’un parcours labyrinthique dont le centre ne se repère pas forcément. Peu importe, Marc Paquien se trouve là en pays de connaissance, il a déjà monté des pièces de ce pur Londonien francophone, navigue avec aisance dans ses eaux mouvantes, et suit ses conseils : « Il suffit de prendre ce qui est écrit. « Rien n’est caché. Sans la moindre compassion, Crimp interroge le mystère et la véracité de nos existences. Les temps se croisent, oui, et l’histoire s’invente dans l’instant du jeu. On peut se demander si la femme, Clair, n’est pas en train d’écrire celle qui se vit devant nous, en suivant le fil de sa pensée. Et l’on peut se retrouver dans des espaces, des temps différents. Les personnages semblent alors frappés d’oubli, reprennent une situation précédente, d’autre manière. Comme si la fiction se cherchait en permanence, à l’endroit le plus juste, le |
MARC PAQUIEN Né en 1968, Marc Paquien a notamment mis en scène : Face au mur de Martin Crimp au Théâtre national de Chaillot et La Mère de Witkiewicz au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (il reçoit, pour ces deux spectacles, le Prix de la Révélation 2004 du Syndicat de la Critique) ; Le Baladin du monde occidental de J.M. Synge à Chaillot ; La Dispute de Marivaux à la MC93 Bobigny ; L’Assassin sans scrupules de Henning Mankell à Sartrouville et à Aubervilliers. Il collabore régulièrement avec l’Atelier Lyrique de l’Opéra national de Paris. Il a ainsi mis en scène, en 2006, Les Aveugles du compositeur Xavier Dayer, création mondiale à Paris et à Londres (reprise à l’Amphithéâtre Bastille en juin 2008). MARTIN CRIMP Né en 1956 dans le Kent, Martin Crimp grandit à Londres, suit des études littéraires à Cambridge. Il a vingt-deux ans quand sont jouées ses premières pièces. Il écrit pour la radio (Définitivement les Bahamas), reçoit de nombreux prix. Parfaitement francophone, il traduit Molière (Le Misanthrope), Ionesco (Les Chaises, Rhinocéros), Marivaux (La Fausse Suivante), Genet (Les Bonnes), Koltès (Roberto Zucco). La plupart de ses pièces sont créées au Royal Court, théâtre national qui a révélé les principaux dramaturges anglais. MARTIN CRIMP ET LE THEATRE DE LA VILLE Getting attention, jan. 2006, aux Abbesses, mise en scène Christophe Rauck Atteintes à sa vie, nov. 2006, présenté au Théâtre de la Cité internationale, mise en scène Joël Jouanneau |
||
|
plus extrême. Dans cette écriture avant tout musicale, ces phrases qui se croisent sans se répondre, se répètent jusqu’à atteindre l’expression la plus juste, je retrouve quelque chose de Nathalie Sarraute. « Je pense aussi à Marivaux, dont Crimp est le traducteur anglais. Chez l’un comme chez l’autre, les personnages déambulent en des lieux de pure fiction : une île fantasmée, une campagne abstraite… Ils n’existent donc qu’en ce lieu réservé à la fiction : la scène. C’est de là que, comme eux, les créatures de Crimp regardent le monde, ses hantises de guerre, de catastrophes diverses. « En dehors même de la scène, toujours on se demande de quelle façon on est regardé, imaginé, reçu. De quelle façon, pour l’autre, pour les autres, on existe. Clair me rappelle les héroïnes de la littérature anglaise. Celle de Virginia Woolf dans Une chambre à soi, rêvant d’un logement séparé qui, même misérable, la mettrait “à l’abri des exigences et tyrannies familiales”. « Avec une ironie singulière, l’ironie de l’angoisse – car plus ou moins à notre insu, chacun de nous est acteur de l’immense tragi-comédie planétaire –, Crimp nous livre, peut-être, le portrait d’une femme au xxi e siècle. Une femme écrivain. » Colette Godard |
|
||