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du 30 septembre au 4 octobre

TARIF A

CREATION

 

 

 

Wolfskers

Guy Cassiers

mise en scène Guy Cassiers
texte Jeroen Olyslaegers, Guy Cassiers, Erwin Jans d'après Yuri Arabov
conseiller texte Tom Lanoye
musique Dominique Pauwels
dramaturgie Erwin Jans
concept esthétique, scénographie Enrico Bagnoli, Diederik De Cock, Arjen Klerkx
création écrans de vidéo Peter Missotten - De Filmfabriek
vidéo Ief Spincemaille
costumes Tim Van Steenbergen

avec Gilda De Bal, Vic De Wachter, Suzanne Grotenhuis, Johan Leysen, Marc Van Eeghem, Dries Vanhegen, Jos Verbist, Michaël Vergauwen

  Wolfskers au Festival d'Avignon 2008

Un des premiers chocs du Festival d’Avignon […]
Cassiers nous interroge violemment sur la pratique du pouvoir , on a plus l’habitude – hélàs – d’un théâtre ouvertement politique […]
Une grande force plastique, un étonnant pouvoir d’imaginaire. Intelligence et beauté conjuguées.
Fabienne Pascaud, Télérama

Hitler, Lénine et Hirohitoà un moment crucial de leur vie, où leur pouvoir vacille […] Jeu impeccable des acteurs.
Brigitte Salino, Le Monde

Un exceptionnel moment de théâtre […] On a rarement vu sur scène pareil virtuose, capable de faire du théâtre et de porter haut cet art en convoquant sur un plateau la technologie, l’image, la musique et le son.
Vincent Josse, France Inter

Univers envoûtant de Cassiers, sa science de la pulsation lente et la délicatesse avec laquelle il dirige une troupe comme il en existe peu en Europe.
René Solis, Libération

Tout est grave et les dialogues sont somptueusement écrits […] Quand un homme de théâtre met la barre à une telle altitude et s’y maintient, on se réjouit de vivre deux heures en haute tension.
Gilles Costaz, Les Echos
  Ils sont trois sur scène, à se croiser sans se rencontrer ni se voir. Sans lien ni point commun si ce n’est d’être persuadés qu’ils incarnent « leur peuple » : Hitler, Lénine, Hirohito., au moment de leur chute, dérisoires et plus encore terrifiants. Sans plus personne à terrifier si ce n’est leur entourage impuissant. Trois autocrates infectés par le venin du pouvoir jusqu’à perdre le sens du réel. Wolfskers (nom flamand de la belladone) nous plonge en même temps qu’eux dans le maelström fantasmatique de leur folie. Et ce monde d’images indéfinies en perpétuelles métamorphoses nous fait ressentir, comme jamais, les invisibles dangers qui toujours nous cernent, nous qui cultivons les peurs du passé.

Colette Godard


Three characters pass each other on the stage, but they neither meet nor see one another. Three men without any connection or anything in common apart from being convinced that they embody their people: Hitler, Lenin and Hiro Hito, just at the time of their fall. They are pathetic and therefore all the more terrifying. However, there is no one left to terrify except their helpless entourage. Here are three autocrats infected with the poison of power to the point of losing their grasp on reality. Wolfskers - the Flemish name for belladonna - plunges us along with those men into the lunatic maelstrom of their madness. Thus this world made of ill-defined and ever-changing images makes us feel as never before the invisible dangers still surrounding us, as a result of our habit to nurture the fears of the past.
Colette Godard
  GUY CASSIERS
Né en 1960, après des études d’art graphique, il entre dans le théâtre, pour les jeunes publics jusqu’en 1992. En 1995, il monte Angels in America de Kushner. En 1997, il reçoit le prix de la critique flamande. De 1998 à 2006, directeur artistique du Théâtre de Rotterdam, il commence à utiliser les techniques pointues d’images et de sons. De 2002 à 2004, il se consacre à une tétralogie dédiée à Proust. Il monte également différentes adaptations et, en 2006 quitte Rotterdam pour Anvers, le Toneelhuis, qu’il dirige avec un collectif comprenant notamment Sidi Larbi Cherkaoui et Wayn Traub.

TOM LANOYE
Né en 1958, il fait ses débuts officiels en 1983 avec un recueil satirique, La Vie en rose. D’abord connu par ses romans, il se lance dans des performances solo, et puis, en 1997, adapte les drames historiques de Shakespeare en un spectacle de onze heures mis en scène par Luk Perceval, joué en Allemagne avec un immense succès. Candidat aux élections municipales d’Anvers, en 2000 sur la liste des Verts, il écrit dans des magazines, intervient à la radio et à la télévision. En 2001, il travaille pour le Toneelhuis, et y crée, avec Guy Cassiers, Mefisto for ever en 2006.
  Tandis qu’il travaillait sur ce thème, Guy Cassiers s’est souvenu de trois films d’Alexandre Sokurov : Taurus, Moloch, The Sun qui, respectivement – et méchamment – tournent autour de trois dictateurs : Lénine pris en 1924, Hitler en 1943, Hirohito, empereur du Japon en 1945. C’est-à-dire au moment de leur déclin. Guy Cassiers les a choisis parce qu’ils incarnent trois formes de dictatures nées de cultures et de traditions différentes. S’ils ne vivent pas dans le même temps, ils sont présents simultanément sur scène, chacun dans son coin, jouant avec un aquarium et une caméra, inventant son propre environnement en fabriquant des images aquatiques illusoires projetées sur les écrans, parcourant un décor qui reprend celui de Mefisto for ever dans son délabrement final : « Ils sont là depuis leur réveil jusqu’au soir. Vingt-quatre heures d’une journée particulière. Ils ne se voient pas, ne se parlent pas, mais se croisent. Ils sont là ensemble, pour qu’apparaissent leurs ressemblances, leurs différences, les différentes manières de répondre à leur destin. »
Vieux, malade, quasiment gâteux, Lénine porte l’image de la déchéance physique et mentale. Celle du communisme à l’arrivée de Staline ? Quoi qu’il en soit, Staline est présent, dans toute son autorité. Quant à Hitler, en attendant les (mauvaises) nouvelles de la guerre que lui apporte Speer, il se moque d’Eva Braun, se lance dans une scène de ménage vaudevillesque : « Ce n’est évidemment pas la manière dont on a l’habitude de montrer Hitler. Un être en qui chacun projette sa propre image du monstre.
      En fait la caricature osée par Sokurov est encore pire. Finalement, l’intérêt de ce parti pris, c’est de montrer la violence du monstre dans les circonstances les plus banales de son existence : « Dans cette deuxième partie, il n’y a plus d’artistes. En revanche les hommes politiques se prennent réellement pour des artistes, dans l’espoir de remanier une situation qui leur échappe, de transformer leur cadre, leur entourage, dans l’espoir d’influer sur leur propre destin. De récupérer ce pouvoir qui leur échappe. »
Hommes jetés hors du réel, ils ont déclenché des guerres dont ils connaissent la sauvagerie, mais de loin. Ils sont prisonniers de leur bunker ou de leur déficience mentale, comme les acteurs de Mefisto for ever, de ce théâtre qui ne correspondait plus à rien. Tout au moins qu’ils ne contrôlaient plus.
Et qu’est-ce que Hirohito connaît de la guerre ? Depuis toujours il est enfermé dans ce palais où il est né, où ses parents, ses grands-parents, ses ancêtres sont nés… Il est né dictateur, les autres le sont devenus. Il ne comprend pas ce que signifie « la défaite ». Il reçoit Mac Arthur, qui lui demande simplement de renoncer à son « essence divine ». Ce qu’il fait, mais alors il n’existe plus. Il n’est plus qu’un homme dans un pays vaincu. Un acteur sans rôle, sans texte. Et son serviteur se suicide. Il reste seul, dépossédé de son identité, dans les ruines.

Colette Godard